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Dix-sept
mille francs: cest la somme dont aurait dû sacquitter
Thérèse (prénom d'emprunt) pour se faire opérer
de la main dans une clinique zurichoise. Atteinte de la maladie de
Dupuytren, une pathologie qui sattaque aux articulations et
se traduit par une rétraction des doigts, cette Vaudoise de
67 ans a finalement appris par hasard lexistence dune
alternative à la chirurgie. Au CHUV de Lausanne, elle a retrouvé
lusage de sa main en vingt minutes, sans douleurs ni complications.
Coût total: 240 francs!
Le
cas est révélateur dune situation alarmante, observe
Georges Rappoport. Selon ce rhumatologue réputé du CHUV,
les patients atteints de la maladie de Dupuytren, soit 6 à 8%
de la population, se voient systématiquement proposer une solution
chirurgicale. Le traitement dont a bénéficié Thérèse,
plus léger et bien moins coûteux, ferait lobjet dun
véritable boycott de la part des spécialistes de la main,
qui ninformeraient même pas leurs patients de lexistence
de cette alternative.
Résultats
identiques
«Aponévrotomie
percutanée à laiguille»: cest le nom
précis de cette technique non chirurgicale que Georges Rappoport
a introduite au CHUV il y a quinze ans et qui nest, selon lui,
aujourdhui pratiquée régulièrement que par
trois médecins rhumatologues en Suisse. Mise au point à
Paris en 1979, elle consiste à sectionner avec le biseau dune
aiguille les «cordes» qui empêchent le malade de déplier
ses doigts.
«Cest
un traitement très léger, purement ambulatoire, explique
le Dr Rappoport. Je travaille seul, sans aucune aide. Le patient repart
en voiture une heure au plus tard après être arrivé.
Dans le pire des cas, il écopera dune semaine darrêt
de travail. A court et à long terme, les résultats sont
identiques au traitement chirurgical. Les études montrent que
les complications sont réduites et que le taux de récidive
nest pas plus élevé quavec la chirurgie.»
La facture du traitement, elle, ne dépasse pas 400 francs
A
linverse, déplore le médecin, la méthode
chirurgicale a le défaut dêtre lourde et onéreuse:
«Opérer, cela implique davoir un chirurgien, un assistant,
une infirmière instrumentiste et un anesthésiste, le tout
dans une salle de chirurgie. La facture de lopération seule
tourne souvent autour de 3500 ou 4000 francs. Sans parler des coûts
indirects, car la chirurgie induit de longues indisponibilités
pour les patients, avec des arrêts de travail qui oscillent entre
cinq et sept semaines.» Dans la majorité des cas, la chirurgie
ne simpose pas, daprès Georges Rappoport.
Pourquoi,
alors, laponévrotomie percutanée na-t-elle
pas les faveurs des spécialistes de la main? La réponse
de ces derniers varie peu: «Seul le traitement chirurgical peut
amener la guérison», peut-on lire sur le site du Centre
de chirurgie et de thérapie de la main de Genève. Esther
Vögelin, présidente de la Société suisse de
chirurgie de la main, renchérit: «Laponévrotomie
percutanée à laiguille est une alternative encore
nouvelle à la chirurgie. Les résultats à court
terme semblent satisfaisants, mais des études indiquent quil
nen va pas de même sur le long terme.»
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Intérêt
financier
Pour
Georges Rappoport, la réticence des praticiens sexplique
autrement: «Cest évidemment pour des raisons financières
que les chirurgiens ont la main si lourde et que laponévrotomie
percutanée à laiguille a tant de mal à simposer.
Les praticiens exerçant dans le privé nont aucun
intérêt à soigner sans opérer.» Son
confrère français Henri Lellouche, rhumatologue à
lHôpital Lariboisière de Paris, poursuit: «Laponévrotomie
a largement fait ses preuves aujourdhui. Si les chirurgiens la
refusent encore, cest essentiellement parce quelle ne rapporte
pas assez dargent!» Ce que conteste formellement Esther
Vögelin, qui martèle que «lintérêt
des patients prime toujours».
Reste
que les faits sont là: la majorité des malades souffrant
de Dupuytren ignorent encore lexistence dune alternative
à la chirurgie. La preuve? En août 2010, le magazine destiné
aux clients de lassureur SWICA a consacré un petit article
à laponévrotomie percutanée à laiguille.
Résultat: un centre dappel pris dassaut dans les
jours qui ont suivi. Du jamais-vu, commente le médecin-conseil
de la compagnie, Martin Guggenheim, qui dit avoir été
personnellement contacté par plus de cent personnes, curieuses
den savoir plus.
Aujourdhui,
Martin Guggenheim se dit convaincu de la nécessité de
mieux informer les malades: «Jai une formation de chirurgien
et jai pratiqué dans le passé des interventions
de chirurgie sur des patients souffrant de Dupuytren. Malgré
tout, je suis heureux chaque fois quon peut éviter lopération.
Cest pourquoi je pense que lon doit mieux informer les patients
des alternatives. Cest une question de santé publique!
Dabord, il y a là un moyen très simple de réduire
de plusieurs millions la facture des assurances. Mais largent
nest pas le plus important. Lessentiel, cest que les
patients souffrent le moins possible et que les effets secondaires soient
réduits. Personnellement, depuis un an, jai reçu
de nombreux feed-back de gens qui ont eu recours à laponévrotomie
percutanée à laiguille. Presque tous se disent très
heureux.»
Et
de citer lexemple dun patient alémanique déjà
amputé dun doigt par son chirurgien et qui sapprêtait
à subir une seconde amputation: «Il a appris grâce
à larticle lexistence dune alternative et sest
adressé au CHUV. On lui a remis la main en place en une demi-heure.
Aujourdhui, il en parle comme dun miracle, les larmes dans
les yeux.»
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Dupuytren,
c'est quoi?
Quels
signes ?
La
maladie se manifeste par lapparition, sur la paume, de brides
qui entraînent une flexion irrépressible des doigts. Ses
causes restent inconnues.
Qui
est touché?
Elle
touche entre 6 et 8% des Suisses. Elle est dite «maladie des Vikings»
parce quelle frappe souvent les hommes blonds aux yeux bleus.
Ronald Reagan et Margaret Thatcher en souffraient.
Quels
traitements?
Le
traitement classique est la libération chirurgicale des tendons.
Laponévrotomie percutanée offre une alternative.
Auteur
de l'article : Renaud Malik / Le Matin

Edipresse Publications SA
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