Le
système de l’assurance maladie ne laisse plus grand monde indifférent.
Encore moins depuis ce mois d’octobre, où, une fois encore, les
assurés ont été invités à passer à la caisse. Pour preuve, la
salle de l’Hôtel de ville de Bulle était comble hier après-midi,
les retraités gruériens ayant répondu en masse à l’appel de leur
fédération. Objet de cette rencontre: une conférence-débat sur
la situation actuelle de la LAMal et sur les nouveaux modèles
proposés pour sortir de l’impasse.
Comme l’a rappelé Patrice Borcard, rédacteur en chef de La Gruyère
et modérateur de cette discussion, les assurés suisses ont désormais
le sentiment de vivre dans un système «sans pilote qui navigue
au milieu d’un océan d’intérêts contradictoires». Car inversement
à ce que visait la LAMal, les primes d’assurance maladie ont augmenté
de plus de 30% depuis 1997. Elles sont ainsi passées de 136 francs
(moyenne pour un adulte) en 1995 à 268 fr. en 2003. A ce premier
échec de la loi s’ajoutent encore ceux de l’augmentation des coûts
médicaux, ainsi que l’absence de transparence. Selon le médecin
et conseiller national de Château-d’Œx Yves Guisan, la concurrence
accrue que souhaitait la loi de 1996 n’a pas non plus engendré
de mécanisme d’autorégulation. Les seules réussites sont à chercher
du côté de la solidarité entre générations et milieux sociaux,
ainsi que de l’égalité d’accès aux traitements.
Que
faire?
Ce constat assez peu reluisant fait, quelles orientations
prendre? Depuis des mois, la deuxième révision de la LAMal donne
lieu à des débats âpres et à de multiples propositions. Mais dans
tous les cas, avertit le professeur Pierre Gilliand, «il n’y aura
pas de solution miracle et les coûts vont continuer à augmenter».
Parmi ces propositions, celle de la suppression de contracter
est unanimement rejetée par Pierre Gilliand, Yves Guisan et la
conseillère nationale Thérèse Meyer-Kaelin. En permettant aux
caisses de choisir les médecins dont elles rembourseraient les
prestations, cette option donnerait un pouvoir «inacceptable»
aux assureurs et ôterait le libre choix de l’assuré.
Autre possibilité évoquée: la création d’une caisse unique. Membre
de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique,
Yves Guisan y serait favorable, mais plutôt dans le cadre d’une
restructuration de Santésuisse (sous forme de holding). Une option
qui nécessiterait une gestion partenariale, mais aussi une interdiction
aux assureurs sociaux d’offrir des assurances complémentaires,
sources de conflit. Le médecin damounais estime que ce modèle
– «il s’agirait d’un choix démocratique de société» – permettrait
«transparence et rationalisation».
Exclure
les profiteurs
Egalement membre de la Commission fédérale de la sécurité
sociale, Thérèse Meyer-Kaelin a encore évoqué les autres propositions
faites dans le cadre du deuxième paquet de la révision de la LAMal,
à savoir: un financement des prestations hospitalières uniquement
par les caisses maladie (et non plus à 50% par les cantons), la
suppression du statut semi-hospitalier, l’introduction d’une carte
d’assuré, la planification hospitalière supra-cantonale ou encore
le plafonnement de la part des ménages. Une dernière mesure que
réprouve la conseillère nationale staviacoise. Mais celle-ci se
dit surtout contre une médecine à deux vitesses, le gaspillage
et les prix surfaits. «Sinon, des sanctions doivent être prises
et les profiteurs exclus. Dans cette optique, un système de contrôle
des prestations est nécessaire.»
Des
interrogations
Au moment d’ouvrir le débat, les retraités ont été nombreux
à exprimer leur rogne face à la situation actuelle. «Ne faudrait-il
pas davantage responsabiliser les assurés?» demande l’un d’entre
eux. «La franchise et la participation financière de 10% ont déjà
cette fonction, répond Thérèse Meyer-Kaelin. La future carte d’assuré
devrait aussi être un moyen de contrôle et d’optimisation de traitement.»
Un autre participant soulève la question des coûts élevés des
médicaments en Suisse. Pierre Gilliand abonde dans son sens: «Cela
est tout simplement un abus de l’industrie pharmaceutique, qui
fixe les prix en fonction du pouvoir d’achat des habitants.» Toujours
en matière de médicaments, on s’interroge aussi sur les génériques
et sur les efforts encore à faire dans ce domaine. «Tout le monde
– médecins, pharmaciens, assurés et caisses maladies – doit s’adapter
à cette évolution», constate l’un des orateurs.
Florence Luy / 12 novembre 2002
