Marie-Paule Angel / 3 août 2002
Lutter contre l'ostéoporose

 

HSF à Châtel-Saint-Denis
Lutter contre l’ostéoporose

Ostéoporose: une maladie osseuse qui fait des dégâts. Et qui ira croissant avec l’allongement de l’espérance de vie. A l’hôpital de Châtel-Saint-Denis, une unité a été mise sur pied il y a cinq ans. Elle est promise au développement.


Collaborateur du professeur Peter Burckhardt au CHUV, le Dr Marc-Antoine Krieg s’occupe de la consultation d’ostéoporose à Châtel (M. Angel)

«L’ostéoporose est très fréquente en Europe et aux Etats-Unis: le risque de souffrir d’une fracture due à cette maladie est, pour une personne de 50 ans, de 40% pour les femmes et de 13% pour les hommes. Mais ces fractures ne doivent plus être considérées comme une fatalité, car cette maladie peut être dépistée, prévenue, diagnostiquée et traitée», dit le docteur Marc-Antoine Krieg. Médecin responsable, à mi-temps, de la consultation d’ostéoporose sur le site châtelois de l’Hôpital du Sud fribourgeois (HSF), il travaille également au CHUV à Lausanne, comme collaborateur du professeur Peter Burckhardt.
Cette unité, nouvelle mission du site veveysan, a été mise sur pied avant la réforme hospitalière, puisque ouverte fin 1996-début 1997 déjà. Elle complète deux autres services du genre dans le canton, à Fribourg (hôpital Daler) et à Estavayer-le-Lac. La restructuration hospitalière dans le Sud a eu pour conséquence de favoriser le développement de l’unité d’ostéoporose de Châtel, les patients des trois districts y étant envoyés par leur médecin traitant et un nombre important de patients étant hospitalisés, dans le cadre de l’HSF, pour des fractures. Annuellement, 300 à 350 personnes sont reçues à la consultation d’ostéoporose (trois demi-journées hebdomadaires).
«Pendant son séjour à l’hôpital, on fait une approche globale du patient, afin de déterminer s’il s’agit d’un cas d’ostéoporose survenant après la ménopause chez la femme, et qui indique une carence hormonale. Ou s’il s’agit d’un cas d’ostéoporose de la personne âgée, consécutif à des carences alimentaires et à un risque de chutes augmentant avec le grand âge», explique le médecin.

L’importance d’informer
«Vous parlez de cholestérol ou de diabète, tout le monde est informé. En revanche, pour l’ostéoporose, on se sent moins concerné. On croit que c’est une maladie qui ne touche que les personnes très âgées», observe le Dr Marc-Antoine Krieg. Pour qui l’information est capitale. Maladie du squelette caractérisée par une masse osseuse diminuée et une détérioration de sa micro-architecture, l’ostéoporose a pour conséquence une augmentation de la fragilité osseuse. Les fractures typiques surviennent à l’avant-bras (poignet), aux vertèbres (tassement), à la hanche (col du fémur). Le bras et le bassin sont aussi touchés. Certaines fractures, de la hanche notamment, ont les incidences les plus sévères sur la qualité de vie.

Dépistage et prévention
En matière de dépistage, de nouvelles techniques, par ultrasons osseux, sont en phase finale d’évaluation en Suisse. On évalue par ailleurs les facteurs de risque sur la base de questionnaires simples, qui portent sur l’hygiène de vie (tabagie, consommation d’alcool, prise régulière de cortisone, boulimie ou anorexie, tendance héréditaire aux fractures vertébrales et du col du fémur, excès d’hormones thyroïdiennes, ablation de l’utérus ou des ovaires, traitement de substitution hormonale, etc.).
La prévention a pris un éclairage particulier avec la remise en question, toute récente, de la substitution hormonale après la ménopause. Une étude américaine vient en effet de montrer que les risques seraient supérieurs aux avantages, en particulier dans le développement d’un cancer du sein en cas de traitement prolongé. «On est très ennuyé, dit le médecin, car on doit revoir toute la démarche.»

Diagnostic et traitement
A Châtel, le diagnostic se fait par densitométrie osseuse de la colonne vertébrale et de la hanche, un examen par rayons X (d’une portée cent fois inférieure à celle faite habituellement pour un thorax). Les caisses maladie se montrent très strictes en matière d’indications pour cet examen. Elles tiennent compte de l’évidence clinique d’une ostéoporose, de fractures suspectes de fragilité, de longs traitements à la cortisone, de maladies inflammatoires du tube digestif et de mauvaise absorption digestive.
Les traitements sont efficaces, car ils permettent, en augmentant la densité osseuse, de diminuer le risque de fracture de 30 à 50%. Les biphosphonates, par exemple, bloquent le processus de résorption de l’os.
Mais si on améliore considérablement la situation, «on ne guérit pas», dit le Dr Krieg, qui rêve, en intégrant d’autres unités de densitométrie, d’offrir un concept global de médecine préventive à une grande échelle. Il loue notamment l’initiative des pharmacies de Suisse romande qui ont été une quarantaine à convaincre 2600 femmes à mesurer leur densité osseuse. Au CHUV, le médecin de Châtel est responsable d’une grande étude prospective (appelée SEMOF) portant sur 7500 femmes. Elle a été présentée au Congrès mondial de l’ostéoporose à Lisbonne (Portugal), et ses conclusions sont très attendues.

Marie-Paule Angel / 3 août 2002