«L’ostéoporose est très fréquente en Europe et aux Etats-Unis: le
risque de souffrir d’une fracture due à cette maladie
est, pour une personne de 50 ans, de 40% pour les femmes
et de 13% pour les hommes. Mais ces fractures ne doivent
plus être considérées comme une fatalité, car cette maladie
peut être dépistée, prévenue, diagnostiquée et traitée»,
dit le docteur Marc-Antoine Krieg. Médecin responsable,
à mi-temps, de la consultation d’ostéoporose sur le site
châtelois de l’Hôpital du Sud fribourgeois (HSF), il travaille
également au CHUV à Lausanne, comme collaborateur du professeur
Peter Burckhardt.
Cette unité, nouvelle mission du site veveysan, a été
mise sur pied avant la réforme hospitalière, puisque ouverte
fin 1996-début 1997 déjà. Elle complète deux autres services
du genre dans le canton, à Fribourg (hôpital Daler) et
à Estavayer-le-Lac. La restructuration hospitalière dans
le Sud a eu pour conséquence de favoriser le développement
de l’unité d’ostéoporose de Châtel, les patients des trois
districts y étant envoyés par leur médecin traitant et
un nombre important de patients étant hospitalisés, dans
le cadre de l’HSF, pour des fractures. Annuellement, 300
à 350 personnes sont reçues à la consultation d’ostéoporose
(trois demi-journées hebdomadaires).
«Pendant son séjour à l’hôpital, on fait une approche
globale du patient, afin de déterminer s’il s’agit d’un
cas d’ostéoporose survenant après la ménopause chez la
femme, et qui indique une carence hormonale. Ou s’il s’agit
d’un cas d’ostéoporose de la personne âgée, consécutif
à des carences alimentaires et à un risque de chutes augmentant
avec le grand âge», explique le médecin.
L’importance d’informer
«Vous parlez de cholestérol ou de diabète, tout le monde
est informé. En revanche, pour l’ostéoporose, on se sent
moins concerné. On croit que c’est une maladie qui ne
touche que les personnes très âgées», observe le Dr Marc-Antoine
Krieg. Pour qui l’information est capitale. Maladie du
squelette caractérisée par une masse osseuse diminuée
et une détérioration de sa micro-architecture, l’ostéoporose
a pour conséquence une augmentation de la fragilité osseuse.
Les fractures typiques surviennent à l’avant-bras (poignet),
aux vertèbres (tassement), à la hanche (col du fémur).
Le bras et le bassin sont aussi touchés. Certaines fractures,
de la hanche notamment, ont les incidences les plus sévères
sur la qualité de vie.
Dépistage et prévention
En matière de dépistage, de nouvelles techniques, par
ultrasons osseux, sont en phase finale d’évaluation en
Suisse. On évalue par ailleurs les facteurs de risque
sur la base de questionnaires simples, qui portent sur
l’hygiène de vie (tabagie, consommation d’alcool, prise
régulière de cortisone, boulimie ou anorexie, tendance
héréditaire aux fractures vertébrales et du col du fémur,
excès d’hormones thyroïdiennes, ablation de l’utérus ou
des ovaires, traitement de substitution hormonale, etc.).
La prévention a pris un éclairage particulier avec la
remise en question, toute récente, de la substitution
hormonale après la ménopause. Une étude américaine vient
en effet de montrer que les risques seraient supérieurs
aux avantages, en particulier dans le développement d’un
cancer du sein en cas de traitement prolongé. «On est
très ennuyé, dit le médecin, car on doit revoir toute
la démarche.»
Diagnostic et traitement
A Châtel, le diagnostic se fait par densitométrie osseuse
de la colonne vertébrale et de la hanche, un examen par
rayons X (d’une portée cent fois inférieure à celle faite
habituellement pour un thorax). Les caisses maladie se
montrent très strictes en matière d’indications pour cet
examen. Elles tiennent compte de l’évidence clinique d’une
ostéoporose, de fractures suspectes de fragilité, de longs
traitements à la cortisone, de maladies inflammatoires
du tube digestif et de mauvaise absorption digestive.
Les traitements sont efficaces, car ils permettent, en
augmentant la densité osseuse, de diminuer le risque de
fracture de 30 à 50%. Les biphosphonates, par exemple,
bloquent le processus de résorption de l’os.
Mais si on améliore considérablement la situation, «on
ne guérit pas», dit le Dr Krieg, qui rêve, en intégrant
d’autres unités de densitométrie, d’offrir un concept
global de médecine préventive à une grande échelle. Il
loue notamment l’initiative des pharmacies de Suisse romande
qui ont été une quarantaine à convaincre 2600 femmes à
mesurer leur densité osseuse. Au CHUV, le médecin de Châtel
est responsable d’une grande étude prospective (appelée
SEMOF) portant sur 7500 femmes. Elle a été présentée au
Congrès mondial de l’ostéoporose à Lisbonne (Portugal),
et ses conclusions sont très attendues.