24 septembre 2002
Assurances Maladies : encore des conseils
assurance maladie :
encore des conseils...
A Bon
Entendeur
24 septembre 2002
D’ici une dizaine
de jours, nous serons fixés sur le montant des primes des caisses-
maladie pour 2003. Pourtant, malgré des hausses incessantes qui devraient
déboucher sur un meilleur service, les rapports entre assureurs et
assurés se détériorent chaque année un peu plus. On compte, en moyenne,
5'500 cas de litiges annuels répertoriés. A travers quelques exemples
et quelques caisses, nous allons faire l’inventaire non exhaustif
des tracasseries subies par les assurés. On commence avec Supra. Cette
caisse a augmenté ses primes en plein milieu de l’année, c’était en
juillet dernier et cela a consterné tout le monde. Motif : les
graves difficultés financières rencontrées par Supra cette année.
En plus de la hausse des primes, les assurés de cette caisse sont
confrontés à des retards importants dans le remboursement. Comment faire
quand on est dans ce cas et que l’on doit payer son médecin ou son
pharmacien?
Dans la plupart des cantons, quand on
est confronté à des problèmes de remboursement de frais médicaux,
il existe des adresses utiles. A Genève, on trouve de l’assistance
auprès du bureau central d’aide sociale.Les locaux
de cette organisation abritent une permanence juridique où les gens
viennent consulter. C’est là que travaille Jacqueline Deck, juriste
du Bureau central d'aide social à Genève: "Dans
le cadre de ma permanence juridique, j’ai reçu pas mal de personnes
qui étaient confrontées à un problème financier tout bêtement dû
au délai que prend actuellement la caisse-maladie Supra pour rembourser
les factures. Ces personnes sont confrontées à des difficultés financières
selon leur propre situation. Bien entendu, je pense aux personnes
qui sont au bénéfice de l’AVS ou d’une rente invalidité et qui,
la plupart du temps, sont au bénéfice du minimum vital."
Suivant le montant dû à son médecin,
ces retards de remboursement peuvent occasionner de sérieux ennuis
à l’assuré: "Le
problème pour l’assuré, c’est qu’il va devoir faire face à des frais
de rappel, voire des frais de poursuite, car beaucoup de médecins
confient leur comptabilité à des offices de recouvrement pour recouvrer
lesdites créances et même si l’assureur rembourse, car l’assureur
remboursera, les frais de rappel sont à la charge de l’assuré."
poursuit
Jacqueline Deck.
Et comme un problème ne vient jamais
seul, dans la législation, il n’existe pas de délai de remboursement.
L’usage veut que la durée de deux mois soit la limite acceptable.
Mais pour l’assureur, il n’y a aucune obligation de la respecter:
"C’est
vrai que c’est assez difficile. Donc, le premier conseil pratique
à donner aux assurés, c’est de ne pas laisser traîner, s’envenimer
les choses, et au moins prendre contact avec son ou ses médecins
pour faire part de cette situation. Éventuellement, faire un arrangement
de paiement et, de façon extrême, ils peuvent demander une décision
de caisse à leur assureur en demandant pourquoi lesdites factures
ne sont pas honorées."
Nous avons donc cherché à prendre contact
avec Supra et nous sommes tombés sur un message de leur répondeur.
Ils ne peuvent nous répondre pour cause de restructuration... Nous
nous sommes donc rendus au siège
lausannois de l’assurance, histoire de savoir comment est pris en
compte le problème des retards de remboursement.
Le
message enregistré n'est-il pas un peu court? "Cela
peut paraître un peu court, mais il faut définir des priorités.
Pour l’instant, notre priorité est de remettre ce retard à zéro.
Le délai de traitement d’une facture doit, à mes yeux, ne pas dépasser
le mois à partir de la réception de cette facture. Ce qui fait que
pour que nos employés puissent se consacrer entièrement au traitement
des prestations, nous avons dû considérablement restreindre l’accès
à nos guichets de Lausanne et l’accès au téléphone.. Je le regrette
beaucoup pour les assurés, je m’en excuse. Une fois le retard rattrapé,
nous reviendrons à des circonstances normales."
La situation dans laquelle se retrouve
Supra serait due à une accumulation de retards des années précédentes
et à une informatique mal adaptée. C’est en juin de cette année
que la caisse maladie a connu le plus de dossiers en souffrance.
Depuis, la situation a changé, mais il en reste encore 50'000:"Le retard se rattrape tranquillement et nous espérons que pour
la mi-octobre il soit complètement rattrapé. Ceci dit, le délai
de traitement dépend du degré de difficulté d’une facture. S’il
s’agit d’une facture simple, elle va être traitée immédiatement,
s’il s’agit d’une facture qui demande un complément d’information,
bien évidemment que les services concernés doivent procéder à des
recherches avant de pouvoir la traiter."
Et pour les assurés qui attendent, y
a-t-il des arrangements possibles?"Nous
sommes prêts à régler rapidement les circonstances financières que
j’appellerais provisoires en faisant des
avances de fonds si c’est nécessaire. Il suffit que nous puissions
nous mettre d’accord avec l’assuré, le prestataire de soins et nous-mêmes."
Mais Supra n'est pas la seule...
Nous recevons régulièrement des courriers mentionnant
des problèmes de retard de remboursement dans d’autres caisses.
Dans cette situation, ce qui est clair, c’est que l’assuré
n’a pas vraiment le droit pour lui. Il doit régler ses factures et
pour cela il peut chercher des arrangements mais rien exiger. Il est
dépendant du bon vouloir de l’assureur qui, de son côté, est dans
l’obligation de payer tôt ou tard,mais malheureusement, il n’y a aucun
délai maximum fixé par la loi. Tout ce que l’assuré peut faire, c’est
changer de caisse. Mais là encore, rien ne lui est épargné
Vous avez décidé de changer d’assurance.
Vous prenez votre courage à deux mains et – au lieu de passer des
heures à consulter les revues des assureurs – cette fois-ci, vous
allez consulter les offres sur Internet.Rien de plus simple direz-vous! Et bien,
ce n’est pas si sûr.Il suffit de faire l’expérience pour
s’en rendre compte.
Si les sites des principales compagnies ne sont pas difficiles à
contacter, les choses peuvent se gâter à partir du moment où l’on
demande une offre en ligne, surtout si l'on a la mauvaise idée d’avoir
l’âge de la retraite.
Sur le site d’Helsana, première caisse-maladie
de Suisse, vous remplissez un formulaire pour définir votre profil
de futur assuré. Forcément, vous mentionnez votre date de naissance
et là, surprise! "Aucune proposition ne peut être établie
si l’âge dépasse 65 ans."
Cela fait plutôt désordre quand on sait
que les caisses-maladies n’ont pas le droit de refuser les gens
qui souhaitent contracter l’assurance de base. Nous sommes donc
allés demander à Danilo Ciriello, responsable du centre de service
Helsana Suisse romande, si Helsana ne cherchait pas à décourager
les personnes plus âgées: "C’est
simplement une erreur de nos services et nous sommes en train de
corriger ce problème dont on ne s’est pas rendu compte. (...) C'est
une erreur de parcours, nous sommes en train de faire des corrections
et les personnes qui iront sur notre site pourront obtenir des offres
en fonction de leur âge et voilà."
Effectivement, nous sommes retournés
sur le site, il est en panne.A noter
que d’autres assurances ont visiblement les mêmes problèmes informatiques.
Chez Progrès, c’était comme chez Helsana, et aujourd’hui, le site
ne fonctionne plus.
Et chez Wincare du groupe Winterthur,
on vous propose de passer à l’agence si vous êtes de 1930 mais pas
si vous êtes né en 1969!
Toutes manœuvres pour écarter les mauvais risques, comme
on les appelle cyniquement dans le monde des assurances, sont parfaitement
illégales. La LAMal est très claire sur ce point. Les caisses-maladies
n’ont pas le droit de pratiquer de sélection des risques pour l’assurance
de base. Les exemples qui montrent que ceci n’est absolument pas respecté
ne manquent pas. Il suffit de chercher un peu pour tomber sans problème
sur de surprenantes pratiques commerciales. Vous voulez un autre exemple ?
Si vous demandez une offre au Groupe Mutuel qui comprend 16 caisses-maladies,
vous aurez la surprise de constater que vous n’obtiendrez pas la même
offre selon que vous êtes affilié à une caisse du Groupe Mutuel ou
que vous venez de l’extérieur. Il peut y avoir plus de 60 francs de
différence sur la prime mensuelle, soit 720 francs sur l’année. Bizarre.
Alors nous avons demandé des explications à André Grandjean, membre
de la direction du Groupe Mutuel:
"Notre
objectif n’est pas de transférer les gens à l’intérieur du groupe,
notre objectif est d’avoir de nouveaux assurés qui viennent de la
concurrence."
Les gens s’étonnent de cette pratique, vous n’avez pas
le sentiment de faire deux poids deux mesures? "Si quelqu’un
demande des informations précises sur une caisse du groupe, elle
peut les recevoir naturellement." Les affiliés du Groupe
Mutuel apprécieront !
Autre pratique étrange,
le recours quasi systématique au questionnaire de santé alors qu’il
n’est pas obligatoire pour l’assurance de base. On doit le remplir
uniquement si l'on désire contracter une assurance complémentaire.
Pourtant, ce questionnaire, on vous le fourgue à la moindre occasion.
Ne le remplissez pas si vous ne prenez qu’une assurance de base, votre
état de santé ne regarde pas votre assureur qui est obligé de vous
accepter sans conditions.
Pour
André Grandjean: "Si
la personne ne veut pas répondre à ces questions, elle n’est pas
obligée de le faire, elle a le droit d’être affiliée sans avoir
à répondre au questionnaire de santé, mais nous le proposons pour
pouvoir faire un conseil global, y compris pour les complémentaires."
Donc, il ne s’agit pas pour vous d’exploiter des informations aux
dépends de l’assuré? "Pas
du tout."
Faire un conseil global ? Mais bien sûr. Au vu des nombreuxtémoignages que nous avons reçus, il vaut mieux rester vigilant
et méfiant face aux assureurs. Ne leur donnez aucun détail et exigez
d’être affilié pour la base lorsque vous changez.La
moindre faiblesse de votre part risque de se retourner contre vous.
Suite des mésaventures avec le témoignage, anonyme pour des raisons
évidentes, d’un professionnel de la branche pas très fier des pratiques
de ses employeurs.
Un courtier
repenti
Monsieur « X » est courtier
indépendant en assurances.Cela fait
15 ans qu’il va à la rencontre des gens pour conseiller et surtout
vendre les contrats des compagnies qu’il représente. Bref, c’est
un homme qui, avec le temps, a su acquérir une solide expérience
dans le domaine.
Mais aujourd’hui, Monsieur X est fâché avec les caisses-maladies,
il a donc décidé de nous parler:"Je
tire le constat que les compagnies d’assurances cherchent à tout
prix à contourner la loi, à préserver leurs intérêts en ce qui concerne
les risques indésirables, donc les personnes qui pourraient leur
coûter de l’argent, elles le font d’une manière qui est parfois
complètement illégale."
Pouvez-vous nous donner quelques exemples? "Tout
à fait. La première solution consiste en des pressions vis-à-vis
des agents. Une personnequi
ne viendrait auprès d’une compagnie que pour la base - en général
les personnes qui font cela sont des personnes qui ont des problèmes
de santé - donc qui coûtent de l’argent.
Eh bien, ce genre de contrat n’est pas du tout commissionné,
ce qui fait que cela incite les agents à dire à leurs clients d’aller
voir ailleurs, donc cela permet aux compagnies d’éviter ce genre
de risque."
Un autre
exemple que nous a donné Monsieur « X » est celui du fameux
questionnaire de santé. Ce document permet à l’assureur de dresser
le profil précis de son client.Mais si ce
dernier omet de mentionner un problème de santé qui vient à ressurgir
plus tard,l’assureur
pourra décider de ne pas couvrir le problème et invoquer ce que
l'on appelle une réticence.
Et aujourd’hui, le système favoriserait la réticence: "Par exemple, en ce qui concerne les maladies, il y a quelques
années le questionnaire demandait, "avez-vous été victime d’un accident
au cours de ces 5 ou 10 dernières années?", maintenant c’est "avez-vous
été victime d’un accident?" mais il n’y a plus de notion de temps,
ou "avez-vous été victime d’une maladie?" mais il n’y a plus de
notion de temps. Donc, d’un côté les questionnaires sur l’état de
santé sont de plus en plus larges et, de l’autre, de plus en plus
vagues ce qui donne une marge supplémentaire à l’assureur pour éviter
de faire face à ses responsabilités."
A en croire Monsieur
« X », la chasse aux mauvais risques serait devenu le
sport favori des assureurs: "Donnons
un cas concret: vous avez un mauvais risque, donc une personne qui
risque de coûter de l’argent à la caisse et qui désire malgré tout
s’affilier chez vous. Dans un premier temps, vous usez de tous les
arguments pour l’en dissuader et puis, si cela ne suffit pas, vous
traînez les pieds pour lui délivrer son attestation. Ce qui fait
que son ancienne caisse ne va pas la libérer et la personne va recevoir
ses primes à double. Donc elle va, comme très souvent, paniquer
et finalement renoncer à changer de caisse. Le but est donc atteint,
le mauvais risque reste à l’ancienne caisse."
Et
ça c’est une pratique de beaucoup d’assureurs?"Tous,
tous. Je prétends que quasi tous le font."
A vous entendre, on dirait que la LAMal n’est jamais respectée?
"Elle est en tout cas très souvent bafouée et tant que l’OFAS,
qui selon la loi a un devoir de surveillance, ne pourra ou ne voudra
rien faire, il n’y a pas de raison que ça arrête."
En fait, jusqu’en janvier 2001, l’OFAS ne disposait que
de deux armes : la réprimande administrative, autant dire rien,
ou alors, le retrait d’autorisation de pratiquer, c’est-à-dire la
peine de mort pour la caisse, une mesure extrême qui n’a jamais
été appliquée pour des raisons évidentes. Depuis janvier 2001, l’OFAS
a le droit de sanctionner une caisse qui contreviendrait à la LAMal.
Il s’agit d’une sanction pénale sous la forme d’une amende de 5000
francs. Actuellement, il y a deux procédures pénales en cours en
plus des réprimandes régulières. La meilleure sanction pour l’heure
est celle des assurés eux-mêmes qui peuvent, et devraient, quitter
sans scrupules les mauvaises caisses et celles qui sont trop chères.
A ce propos, voici les conseils pratiques habituels :
Conseils pratiques
Dès que vous recevrez un courrier de
votre assurance annonçant le montant des primes pour 2003, la première
chose à faire sera de comparer les prix
avec ceux des caisses concurrentes.
Concrètement,
votre caisse doit vous annoncer ses tarifs pour 2003 avant la fin
du mois d’octobre et vous avez jusqu’à la fin
du mois de novembre pour lui annoncer votre départ par courrier
recommandé.Attention, ce
n’est pas le cachet postal mais la date d’arrivée de votre lettre
qui fait foi.
Bien entendu, vous devrez parallèlement
souscrire un contrat auprès de la nouvelle
caisse de votre choix.
L’ancienne caisse n’a pas le droit de
vous empêcher de la quitter et la nouvelle
est obligée de vous accepter.
Pour rappel, sachez que dans les caisses-maladies,
la couverture, c’est-à-dire les
frais médicaux que l’assurance rembourse, est strictement identique. Ce principe est inscrit
dans la loi.
Ce qui varie, c’est le service à la clientèle
et surtout le montant des primes. Cela vaut la peine de s’y intéresser,
car les économies réalisées peuvent être importantes suivant les
cas.
Dès que les chiffres de primes pour 2003 seront publiés,
identifiez la caisse la moins chère de votre canton et changez.
Si vous n’avez pas de problème de santé, cela vaut la peine de choisir
la franchise la plus élevée à 1500. L’inconvénient, c’est qu’il
faut avoir cette somme disponible en cas de pépin, mais cette solution
permet jusqu’à 40% d’économies sur les primes. Si vous suivez un
traitement, le mieux, pour calculer votre franchise optimale, c’est
le site http://www.comparis.ch/, et si vous n’avez pas
internet, demandez à une connaissance de faire le calcul pour vous,
ainsi que le site
www.bonasavoir.ch.
Des dossiers complets
peuvent être obtenus gratuitement à la Fédération romande des consommateurs
dès le 4 octobre, par fax au 021/3128004, par e-mail info@frc.ch, ou par téléphone
au 0900 575 105, fr. 2.13/min.
Pour
terminer, une des angoisses souvent exprimée par les assurés, c’est
que leur caisse fasse faillite. Dans ce cas-là, c’est un fond de
garantie alimenté par les caisses qui prend le relais et qui assurera
la prise en charge des coûts à la place de l’assureur insolvable,
mais uniquement pour l’assurance de base.