La dernière hausse (pas loin de
10% en moyenne) des primes dassurance maladie a déclenché
une rogne noire dans la population. Tout le monde sexcite
: les politiques, les professionnels de la santé, les assureurs
et, bien sûr, le bon peuple. Chacun y va de sa solution.
Il y a ceux qui proposent la création dune caisse
unique, ceux qui souhaitent que les cotisations se prélèvent
en fonction du revenu, ceux qui préconisent les deux en
même temps, ceux qui veulent la suppression de lobligation
de sassurer assortie de la création dune caisse
unique, ceux qui réclament une caisse unique à léchelon
de la Confédération, ceux qui la voient régionale
et ceux qui ne la tolèrent que cantonale. Il est évident
que la question de lassurance maladie préoccupe actuellement
les Suisses bien plus que la proche guerre en Irak, le conflit
du Moyen-Orient ou les actes terroristes.
Dans cette affaire dassurance maladie,
tout le monde est daccord sur un point : le système
en vigueur ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais, il faut
donc le corriger. Mais personne ne nous explique pourquoi le système
ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais, personne ne paraît
visité par lidée quun système
qui ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais ne doit pas être
corrigé, mais supprimé et remplacé par une
autre. Alors quon devrait une fois pour toutes remettre
les compteurs à zéro, on sengage une fois
de plus, dans la voie du replâtrage. Alors quon devrait
abroger la LAMal, on va la réviser.
Les propos qui suivent ne sont pas dun
spécialiste, mais dun individu qui essaie de faire
marcher son bon sens. Il y a donc risque derreur, mais tant
pis. Par ailleurs, nous ne prenons en considération que
lassurance de base qui est la même pour tous. Les
assurances complémentaires sont un autre chapitre.
A notre avis, si le système ne fonctionne
pas et ne fonctionnera jamais, cest parce quil est
fondé sur une imposture : celle qui consiste à prétendre
quune assurance rendue obligatoire par une loi, par lEtat
donc et sous surveillance de lEtat, se concilie avec la
libre concurrence des caisses maladie. Nous assistons à
une double prise dotages : de la part des caisses maladies
face aux assurés qui nont pas le droit de ne pas
cotiser; de la part des assurés face aux caisses maladies
les moins onéreuses qui nont pas le droit de refuser
les nouveaux assurés en quête des primes les moins
chères, même si leur situation financière
ne leur permet pas, dans limmédiat, de faire face
aux coûts quengendre le «tourisme de lassurance
maladie». Dans la mesure où la «concurrence»
joue entre des caisses qui, offrant toutes le même «produit»,
ne peuvent saffronter que sur le montant des primes, il
est fatal quune caisse qui offre une cotisation (relativement)
basse soit envahie par des dizaines de milliers - 40 000, par
exemple, pour la CPT en 2002 de nouveaux assurés,
pendant que les caisses chères souffrent dhémorragie.
Ces dossiers, il faut les traiter, aussi bien à lentrée
quà la sortie, ce qui coûte en frais administratifs.
De plus, tout se passe comme si les caisses point trop gourmandes
nétaient pas en mesure dassurer à terme
les frais occasionnés par un si grand nombre dassurés
supplémentaires, de sorte que, lannée suivante,
la caisse la moins chère doit augmenter drastiquement ses
primes. A la CPT qui, vous laurez deviné, est notre
caisse maladie, un assuré lausannois de cinquante- six
ans subit pour 2003 une hausse de 20% sil est au bénéfice
dune franchise de fr. 230.- et de 33% sil a choisi
la franchise maximale de fr. 1500.-. On est loin des 10% de la
moyenne fédérale.
Il faut choisir.
Première solution : on travaille
sur la libre concurrence des caisses maladies et on respecte les
règles du jeu, à savoir la possibilité pour
les caisses de jouer non seulement sur les prix, mais aussi sur
la diversification des offres, sur des «contrats à
la carte», sur des primes calculées en fonction de
prestations variables, bref sur la loi de loffre et de la
demande. Une telle solution implique la suppression de lassurance
maladie obligatoire. Elle table sur le fait que le Suisse moyen
les tout riches et les tout pauvres ne sont pas concernés
est conscient de la nécessité de souscrire
une assurance maladie conforme à ses possibilités
et à ses besoins. Elle table sur le sens des responsabilités
du Suisse moyen. Bien entendu, il y aura toujours des inconscients
qui parient sur une santé de fer à perpétuité
et qui se trouveront dans la dèche en cas de gros pépin,
mais il ny a pas de raison de supposer quils seront
beaucoup plus nombreux que ceux qui, aujourdhui déjà,
sabstiennent de payer une cotisation obligatoire jugée
excessive et ne sont donc pas couverts par lassurance maladie.
Seconde solution : on travaille sur la
socialisation et létatisation de lassurance
maladie de base. Cette dernière est non seulement obligatoire,
mais prélevée sur les salaires en fonction
du revenu selon toute probabilité - comme cest le
cas pour les cotisations AVS. Cela implique la création
dun système centralisé, forcément «fonctionnarisé»,
avec tous les gaspillages que cela entraîne, tant il est
vrai que des fonctionnaires parfaitement intègres éprouvent
un vif plaisir à jongler avec des fonds publics comme sil
sagissait de fonds privés, cela en toute bonne conscience,
puisquils nen tirent pas un enrichissement personnel.
Cette solution table sur lirresponsabilité congénitale
du Suisse moyen les tout riches et les tout pauvres ne
sont pas concernés jugé incapable de voir
où se situe son intérêt. Elle implique aussi
que les assurés resteront des otages, puisquil leur
sera impossible dexercer une influence sur le montant de
leur cotisation, pas plus que, vraisemblablement, sur le choix
de leur médecin. Les coûts de la santé sen
trouveront-ils réduits ? Rien nest moins sûr.
Notre sympathie va à la première
solution. Mais nous savons bien quelle na aucune chance
de lemporter, dune part parce quelle nest
pas dans lair du temps, dautre part parce quelle
constituerait un pas en arrière, ce que ne sauraient tolérer
les amis du peuple.
Le
pamphlet