Cela
pourrait s’intituler la guerre de sept ans si le nom n’était
déjà réservé. Depuis 1996, soit depuis l’entrée en vigueur
de la loi sur l’assurance maladie (LAMal), cantons et
assureurs se livrent un combat sans merci sur la question
du financement hospitalier.
Objet du litige: les coûts engendrés par une hospitalisation
en division privée ou semi-privée. Le peuple est appelé
à trancher le différend par la voie des urnes le 9 février
prochain. La caisse vaudoise Assura a lancé un référendum
contre la loi fédérale urgente adoptée par le Parlement.
L’affaire est complexe bien que la loi prévoit une répartition
toute simple pour les frais hospitaliers: moitié à charge
des cantons, moitié à charge des caisses. Ce qui divise
ces deux partenaires de la santé: cette répartition s’applique-t-elle
aussi aux personnes assurées en division privée ou semi-privée?
Prenons un exemple pour mieux comprendre: celui d’un patient
hospitalisé en division privée pour une opération. Total
des coûts: 5000 francs. Admettons qu’en division commune,
la même opération aurait coûté 3000 francs. Selon la LAMal,
cantons et caisses devraient se partager cette facture
à raison de 1500 francs chacun. Seul le surcoût de 2000
francs est à charge de l’assurance complémentaire.
«La
LAMal pas claire»
Les cantons ont toujours contesté cette interprétation.
Selon eux, la loi n’est pas claire et il n’en a jamais
été question lors des débats parlementaires. Se basant
sur un avis de droit, ils n’ont accepté d’ouvrir leur
porte-monnaie que pour les assurés de base.
Pour la caisse Assura, à l’origine du référendum, cette
interprétation est choquante. Son directeur Jean-Paul
Diserens a argumenté en se servant de l’exemple d’un employeur
qui refuserait de payer l’équivalent d’un billet de train
de seconde classe à l’un de ses commis voyageurs sous
prétexte que celui-ci préfère voyager en première.
L’ancienne ministre de la Santé Ruth Dreifuss a, elle
aussi, toujours estimé que la loi était limpide. Sans
toutefois convaincre les cantons qui n’ont jamais abdiqué.
L’affaire a donc pris la voie des tribunaux. Dans un premier
arrêt remontant à 1997, le Tribunal fédéral des assurances
(TFA) décidait que les cantons devaient casquer pour les
traitements hospitaliers extracantonaux prescrits pour
raisons médicales, et ce indépendamment du type de division.
Une
affaire de gros sous
On aurait pu penser que le litige trouve ici son terme,
ce qui prévaut pour les hospitalisations extracantonales
devant logiquement s’appliquer à celles à l’intérieur
du canton. Mais l’affaire est question de gros sous et
les cantons ont poursuivi la lutte pour préserver leurs
finances et leurs contribuables.
En 1998, cantons et assureurs concluent un moratoire qui
prévoit un financement forfaitaire pour les années 1996
à 2000. Ce moratoire n’est pas reconduit. D’autres négociations
échouent.
L’affaire est portée une nouvelle fois devant le Tribunal
fédéral des assurances par la caisse pulliérane Assura
pour le cas d’une patiente genevoise. En novembre 2001,
le TFA arrête sa décision et donne tort aux cantons. Ceux-ci
devront donc participer au financement des prestations
hospitalières en division privée et semi-privée.
La Conférence des directeurs cantonaux des finances reproche
au TFA d’avoir rendu son arrêt «indépendamment de toute
réflexion financière ou sociopolitique». Les montants
en jeu s’expriment en milliards de francs.
Parlement
à la rescousse
Afin d’éviter un clash, le Parlement s’empare du dossier.
Il édicte en juin 2002 une loi fédérale urgente pour atténuer
les douleurs des cantons. En dérogation à la LAMal, celle-ci
prévoit un échelonnement de la facture. Les cantons paient
les 60% de leur dû pour 2002 (300 millions), 80% pour
2003 (400 millions) et 100% pour 2004 (500 millions).
La révision de la LAMal devrait par la suite prendre le
relais.
Les vieux adversaires, épuisés par tant d’années de lutte,
se décident alors à déposer les armes. Ils acceptent la
loi urgente et signent un accord extrajudiciaire pour
l’année 2001. Les cantons payent une somme forfaitaire
de 250 millions aux assureurs.
La caisse Assura et son alliée Supra rejettent toutefois
cet accord et lancent un référendum contre la loi urgente.
Le peuple aura donc le dernier mot. Le 9 février, il pourra
ratifier ou non l’accord de paix concocté par le Parlement.
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Un non à six millions
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Grand
argentier du canton, Urs Schwaller est monté à
Berne plaider la cause des cantons en conférence
de presse. Il en a organisé une autre à Fribourg
il y a quinze jours avec sa collègue de la Santé
Ruth Lüthi.
Leur message: ce compromis est équitable et accepté
tant par les cantons que par la quasi-totalité
des caisses maladie. Un refus entraînerait de
nouveaux conflits juridiques sur les modes de
calcul et de paiement de la part cantonale.
L’engagement du Gouvernement fribourgeois n’est
pas motivé par une facture particulièrement lourde
pour notre canton. Au contraire, en comparaison
nationale, Fribourg s’en tire plutôt bien, que
la loi urgente soit acceptée ou refusée.
Selon les chiffres présentés par Urs Schwaller,
le canton devra assumer une charge supplémentaire
de 31 millions de francs sur trois ans en cas
de oui. On a déjà tenu compte de cette facture
dans l’établissement des budgets et du plan financier,
en serrant la ceinture d’un cran.
Un non ajouterait 6 millions aux 31 millions prévus.
Une charge que Fribourg ne pourrait assumer sans
la mise en place d’un nouveau programme d’économies,
toujours selon les dires du directeur des finances.
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Seules au combat
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Les
caisses maladies vaudoises Assura et Supra ont
le mériteou la folie de partir seules au combat
dans ce référendum. Elles ont contre elles en
premier lieu leurs consœurs réunies au sein de
Santésuisse. Pour l’organisation des assureurs,
la bataille juridique a assez duré. L’honneur
est sauf puisque le compromis trouvé lui donne
raison et que les cantons vont casquer.
Les deux caisses vaudoises ont aussi contre elles
tout l’establishment politique. Fait rarissime,
surtout en matière d’assurance maladie, le Parlement
s’est prononcé de manière unanime en faveur de
la loi fédérale urgente.
Tous les principaux partis politiques recommandent
le oui. Le Conseil fédéral aussi. Il préférerait
sans doute consacrer toute son énergie à canaliser
la hausse continuelle des coûts de la santé, plutôt
que d’être contraint à chipoter sur la répartition
de la facture.
Enfin et surtout, les cantons s’engagent avec
détermination dans cette campagne. Certes, la
loi urgente leur coûtera très cher: 1,2 milliard
de francs sur trois ans, auquel il faut ajouter
250 millions pour 2001, en vertu de l’accord avec
Santésuisse.
Mais, en cas de refus, la facture dépassera 2
milliards. Entre deux maux, choisir le moindre:
tel pourrait être leur slogan.
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