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Malaise. Enorme malaise.
Inquiétude. Sentiment d’insécurité. Les blouses blanches
sont à la fois tristes et désabusées. Qu’ils soient ORL,
gynécologue, ou médecin généraliste, les médecins s’érigent
tous contre le spectre d’une médecine à deux vitesses.
Désormais, l’Etat et les caisses maladies veulent obliger
les médecins à économiser. A cet égard, des décisions importantes
ont été prises, par le pouvoir politique, pour limiter leur
liberté. Aujourd’hui, la profession est déstabilisée.
Les médecins sont pointés du doigt comme étant les principaux
responsables des coûts de la santé. Or, il s’avère que ce
sont d’autres facteurs qui font exploser les budgets : les
nouveaux moyens de diagnostics, le vieillissement de la
population, l’apparition de maladies chroniques et leurs
traitements respectifs.
On suspecte les médecins de trop facturer leurs prestations.
Résultat : on n’a plus confiance. Et ne plus avoir confiance
en son médecin…
L’une des mesures mises en place pour contrer la hausse
des coûts de la santé : le Tarmed. Un listing de nouveaux
tarifs appliqués à certains actes chirurgicaux ou spécialisés.
Les médecins concernés par le Tarmed perdraient-ils réellement
jusqu’à la moitié de leur revenu annuel ? Les caisses maladies
contrôlent de plus en plus la facturation des prestations
médicales et les médecins doivent - souvent - justifier
leurs choix aux assureurs.
«Demain, on risque de s’entendre dire par les assureurs
: « Non, vous ne pouvez plus aller chez tel ou tel médecin
»… Et, par extension, on pourrait ne plus soigner que les
gens riches…». Pression des assureurs, compressions de factures…
Les médecins se sentent pris à la gorge.
Autre source de malaise chez les toubibs : la disparité
entre les régions ; trop de médecins à Genève, pas assez
à Neuchâtel, en Valais, dans le Jura… et cette fameuse «
clause du besoin » qui gèle l’ouverture de nouveaux cabinets
pendant 3 ans, à partir de 2002. « Scandaleux ! » s’écrie
une doctoresse qui a ouvert son cabinet juste avant l’entrée
en vigueur de cette clause. « C’est comme si on coupait
leurs ailes à des personnes sur le point de s’envoler !
»…
Un malaise encore étayé par la brûlante thèse de la doctoresse
Thorgler, qui dévoile des chiffres ahurissants : 24 % des
médecins d’hôpitaux sont sous tranquillisants, 60 % d’entre
eux consomment des antalgiques, 7 %, des antalgiques puissants
contenant de la codéïne…
Tout ça pour… tenir le coup ! Assurer d’interminables gardes,
répondre présent à tout moment, être performant, être rentable.
Mais la nouvelle génération de médecins ne se laisse pas
faire, elle. Les jeunes toubibs mettent en avant la qualité
de la vie, de leur vie, revendiquent l’épanouissement de
leur sphère privée… De ce fait, un nouveau type de poste
a été mis en place ; celui de médecin hospitalier à 50 heures
hebdomadaires. Médecin et fonctionnaire. Engagé par l’Etat.
11.000 francs mensuels. Et une vie privée protégée. L’idée
séduit beaucoup le jeune corps médical.
L’image du médecin évolue. Son statut social se métamorphose.
Le piédestal sur lequel trônaient les grands pontes d’hier
s’effondre. « Supertoubib » n’a plus la cote. Aujourd’hui,
on regarde le médecin comme une personne qui a des limites
et qui les revendique.
Invité sur le plateau :
Dr Peter Suter - Chef des soins intensifs chirurgicaux HUG
05.09.2003
14:27


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